Le Tarot d’Étteilla occupe une place singulière dans l’histoire du Tarot. Premier système explicitement conçu pour la divination structurée, il précède de plusieurs décennies les lectures occultistes du XIXᵉ siècle. Pourtant, il est aujourd’hui l’un des tarots les plus mal compris.
Beaucoup de lectures contemporaines appliquent au Tarot d’Étteilla des grilles issues du Tarot de Marseille, du symbolisme psychologique ou de l’ésotérisme tardif. Or, Étteilla a laissé des textes précis, une méthode ordonnée, une structure revendiquée.
Voici les principales confusions modernes, et ce que disent réellement ses écrits.
Confondre Tarot d’Étteilla et Tarot de Marseille
- les arcanes majeurs correspondent aux 22 lames marseillaises,
- le Bateleur ouvre le jeu,
- les symboles sont universels et interchangeables.
Lire les cartes isolément, hors de leur hiérarchie
Étteilla insiste sur l’ordre des feuillets. Le tarot est pour lui un Livre, non une collection d’images.
La progression cosmologique, Chaos, lumière, organisation, homme, n’est pas décorative. Elle structure la compréhension.
Les lectures modernes ont tendance à :
- tirer une carte isolée,
- ignorer la place hiérarchique,
- réduire la carte à une signification autonome.
Or, chez Étteilla, une carte prend sens dans un système.
Psychologiser un système qui n’est pas psychologique
Beaucoup d’interprétations contemporaines projettent sur Étteilla :
- archétypes jungien,
- Introspection personnelle,
- développement de soi.
Or, dans ses textes, Étteilla propose une méthode structurée, combinatoire, orientée vers une réponse claire. Il ne parle pas d’inconscient, ni de transformation intérieure au sens moderne.
Le système est symbolique, cosmologique, mais pas psychothérapeutique.
Confondre filiation hermétique et origine égyptienne prouvée
Étteilla rattache son travail au Livre de Thot et à la tradition hermétique. Il revendique une filiation intellectuelle.
Mais cela ne signifie pas qu’un manuscrit égyptien ait été retrouvé, ni que le tarot ait été découvert dans un temple antique.
L’égyptomanie simplificatrice est un ajout postérieur. Chez Étteilla, l’Égypte est une référence symbolique, pas une preuve archéologique.
Réduire le tirage à un effet immédiat
Les tirages modernes, notamment en ligne, privilégient :
- la rapidité,
- la réponse instantanée,
- la carte unique.
Or, Étteilla développe des méthodes combinatoires (comme le Coup de Douze) qui reposent sur l’articulation des cartes entre elles.
Le sens naît du croisement, pas de l’isolement.
Oublier les textes d’Étteilla
Peut-être l’erreur la plus subtile : on parle d’Étteilla… sans lire Étteilla.
Il a pourtant laissé :
- des ouvrages explicatifs,
- une méthode détaillée,
- des précisions sur l’ordre et les significations.
Beaucoup d’interprétations modernes reposent davantage sur des reconstructions tardives que sur ses propres écrits.
Pourquoi ces confusions persistent-elles ?
Parce qu’Étteilla est antérieur aux grands occultistes du XIXᵉ siècle. Son système a été absorbé, simplifié, parfois corrigé, parfois réinterprété.
Avec le temps, la lecture marseillaise et psychologique est devenue dominante, reléguant le Tarot d’Étteilla au second plan.
Revenir aux sources
Corriger ces erreurs ne consiste pas à invalider les pratiques contemporaines.
Il s’agit simplement de distinguer :
- ce qui appartient à Étteilla,
- ce qui appartient aux traditions ultérieures,
- ce qui relève d’interprétations modernes.
Relire les textes, respecter l’ordre des feuillets, comprendre la logique cosmologique : c’est restituer au Tarot d’Étteilla sa cohérence propre.
Et c’est peut-être, aussi, redécouvrir un système plus structuré qu’on ne l’imagine.


