Le Pimandre, ou Poimandrès, occupe une place majeure dans la tradition hermétique. Rédigé en grec entre le IIᵉ et le IIIᵉ siècle après J.-C., ce texte ouvre le Corpus Hermeticum, un ensemble d’écrits philosophiques associés à la figure mythique d’Hermès Trismégiste.
Longtemps considéré comme un héritage direct de la sagesse égyptienne, il a marqué les philosophes de la Renaissance et les penseurs ésotériques de l’Europe moderne.
Dans son œuvre, Étteilla y voit une source essentielle permettant de mieux comprendre l’organisation cosmique qu’il attribue aux premiers feuillets du « Livre de Thot ».
Un récit de révélation cosmique
Le Pimandre se présente comme une vision initiatique. Hermès, en quête de connaissance, se voit apparaître une entité lumineuse, l’Intellect divin. Celui-ci lui révèle la naissance de l’Univers, depuis la lumière surgissant des ténèbres jusqu’à la formation des sphères célestes. Le récit décrit un monde naissant du chaos, structuré par une impulsion intellectuelle première. Les plans célestes se mettent en ordre, les gouverneurs planétaires prennent place, et l’humanité apparaît, façonnée « à l’image du Dieu ».
Cette cosmologie est à la fois métaphysique et imagée : elle fait appel à la lumière, au mouvement, à la séparation des plans, à l’articulation entre l’intelligible, le céleste et le matériel. L’être humain y occupe une position centrale, reflet miniature du grand ordre cosmique, un microcosme au cœur du macrocosme.
Un texte fondateur de l’hermétisme occidental
Du Moyen Âge à la Renaissance, le Pimandre a été lu comme un texte d’origine égyptienne, bien antérieur aux philosophies grecques. Même lorsque son origine tardive fut établie, son influence ne diminua pas. Il devint un pilier de la pensée hermétique, une référence majeure pour les alchimistes, les philosophes naturels et les courants initiatiques.
Ce qui frappe dans ce texte, c’est la manière dont il relie la création du monde à une révélation intérieure, comme si la structure du cosmos pouvait être comprise en observant la lumière de l’intellect. Cette fusion entre connaissance divine, science ancienne et symbolisme cosmologique a profondément façonné la manière dont les traditions occultes ont lu et interprété les textes sacrés.
Pourquoi Étteilla cite-t-il le Pimandre ?
Étteilla cite explicitement la traduction du Pimandre réalisée par François de Candale en 1578. Ce n’est pas un détail anodin : il considère ce texte comme une clé pour comprendre certaines allégories du Livre de Thot, notamment celles qui apparaissent dans les premiers feuillets de son Tarot.
Le lien le plus évident se trouve dans le huitième feuillet, où Étteilla décrit un homme nu placé au centre d’un jardin, entouré de cercles concentriques. Cette image rappelle directement les passages du Pimandre où Hermès contemple les sphères célestes et la structure du monde. Les onze cercles du feuillet d’Étteilla trouvent ainsi un écho dans la cosmologie hermétique de ce traité.
En citant le Pimandre, Étteilla affirme que son Tarot ne s’appuie pas seulement sur la Genèse, mais sur un système de correspondances plus ancien, plus vaste et plus symbolique. Le texte hermétique devient alors un appui doctrinal, une autorité qui légitime sa reconstruction du Livre de Thot.
Un éclairage sur la cosmologie d’Étteilla
Pour comprendre la structure des premières cartes du Grand Étteilla, du Chaos originel jusqu’à l’Homme placé dans le jardin, le Pimandre offre un cadre conceptuel précieux. La lumière qui naît des ténèbres, la séparation des plans, l’organisation en cercles, le rôle central de l’homme : autant d’éléments que l’on retrouve dans les feuillets d’Étteilla et qui prennent tout leur sens à la lumière du texte hermétique.
Le Pimandre n’est pas seulement un texte cité en passant. Il éclaire la vision du monde qu’Étteilla projette dans son tarot : une création organisée, hiérarchisée, où les images ne suivent pas une narration linéaire mais renvoient à un ordre symbolique plus profond. Le tarot, dans cette perspective, n’est pas une histoire illustrée mais un ensemble de feuillets hiéroglyphiques reflétant une cosmologie perdue.
Un texte indispensable pour comprendre le Livre de Thot
Pour qui souhaite comprendre le Tarot d’Étteilla, le Pimandre est une référence incontournable. Il offre le contexte philosophique et cosmologique qui permet de saisir la logique des premiers feuillets : la lumière, le chaos, les cercles, la position de l’homme dans le monde.
En replaçant le tarot dans la continuité de ce texte antique, on perçoit mieux l’ambition d’Étteilla : non pas créer un jeu divinatoire moderne, mais retrouver une tradition hermétique ancienne, en réorganisant des symboles dispersés. Le Pimandre devient alors un guide précieux, un miroir dans lequel les premières cartes du Livre de Thot se reflètent avec une clarté nouvelle.


